Jardin Public 11-2012

L’arbre et les feuilles.

Et me voilà seule comme autrefois. Décembre approchait. Nous entrions dans l’automne.
Le vent cette nuit s’était levé, tambourinant contre les vitres de ma fenêtre. Bourrasques fraîches, mais aussi grisantes qu’un verre d’alcool bu à jeun.
Dévastateur des forêts, tu enlèves une à une, la robe de rouille dont s’étaient parés, les plus grands des arbres. Tu arraches la feuille, ou plutôt sa consistance. Tu la soulèves, l’emportes avec toi, dans un voyage de cahots, de voltiges, de sauts mortels, ou bien dans une danse de grâce, pour ensuite la déposer sur une couverture brune ou rousse, une victime de plus.

Et puis te revoilà, comme la mort, choisissant, et prenant sans cesse au dépourvu, les derniers souffles de vie qui leur restent, les derniers instants d’une feuille qui s’est accrochée pour vivre, d’une vie non sans lutte, mais faite d’espoirs si merveilleux, de désirs, surtout de fureur de vivre et de lutte pour l’existence.

Nous sommes pareils à ces feuilles. Notre arbre est la terre où nous vivons et nous en sommes les feuilles. Notre vie est plus longue, mais la feuille par sa teneur ne vit qu’une année, même moins. Ne vivons-nous pas, moins d’un
siècle ? Chaque période de ce siècle correspond à chaque saison d’une année.

Le printemps notre enfance, notre jeunesse, le début de notre vie d’homme mûr.
L’été, celui de la jeunesse, la maturité, l’épanouissement total.
L’automne, les feuilles tombent, notre âge aussi et nous voici sans nous en rendre compte au seuil de l’âge d’or.
L’hiver, le neige recouvrant ces feuilles, comme elle recouvrira nos tombeaux. Nos facultés s’affaiblissent. Bientôt comme le vent, la mort nous détachera de notre arbre et nous retournerons à la terre, comme la feuille.

Jouissons de l’heure présente, ne laissons pas les moments de tristesse nous accabler, car nous pourrions être les premières feuilles de l’arbre à s’envoler, notre robe déjà par trop rouillée.
Jouissons encore des quelques rayons de soleil qui transpercent les nuages.
Laissons-nous réchauffer et dorer par leurs rayons bienfaisants.

Laissons ces feuilles. Elles permettent aux jeunes pousses de vivre à leur tour, suivant un même processus. Elles sont la nourriture de la terre, leurs subsistance. Leur mort ne sera pas vaine. Elle permet aux jeunes de vivre la belle et tortueuse expérience qu’est la vie.
Laissons-les à leur sort. Elles se débrouilleront.

© freesia – Prose de jeunesse – Années 1970 – 1972

À propos de filamots

Sur le fil des mots. Je rassemble pour mes enfants, les textes anciens et nouveaux ainsi que futurs que je dépose sur ce blog. L'occasion pour moi de faire de belles rencontres virtuelles, et de m'améliorer dans l'écriture de quelques nouvelles lorsque l'inspiration est au rendez-vous. Je partage aussi ma passion pour la photographie en tant qu'amateur. Je suis autodidacte en informatique, lecture, musique, etc....

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  1. bien qu’elle soit de jeunesse ta prose , elle est tout à fait belle et si bien écrite !!!!
    bisous Genevieve et bravo pour ce bel écrit là

    • filamots dit :

      Bonjour Gaël, quelque peu perdue dans les réponses, et les suivis, les mails, l’écriture, je te remercie tout de même d’être passée chez moi.
      Bisous à toi poète qui allie si bien les illustrations et la poésie.

  2. giselefayet dit :

    Je profite de quelque moment de répit pour venir te lire . Tu ne peux pas savoir comme tes mots rentrent en résonance avec ce que je vis en ce moment .J’aime beaucoup ton texte et je pense qu’il n’a pas pris une ride depuis les années 70. Beaucoup moins présente sur l’ordinateur depuis les ennuis de santé de mes parents , j’essaye de ne pas trop m’éloigner quand même trop longtemps des blogs
    Bonne soirée Geneviève
    Bisous

    • filamots dit :

      Bonjour Gisèle,
      Comme je comprends ton absence, et je ne viens que trop rarement chez toi aussi.
      Mais je me demandais comment tu allais ?
      Ici aussi dans la belle-famille, il y a encore des soucis avec des parents âgées. En espérant toujours qu’elles ne souffrent pas trop dans la maladie, un souhait que je formule pour personne, du fond du coeur. Jeune, et plus âgés.
      Bisous de courage Gisèle.
      Geneviève

  3. tu as toujours écrit alors ? je vois la date de ce poème,
    c’est super je ne peux rien d’autres, certaines phrases me font résonance au fond de moi,
    bisous

    • filamots dit :

      Bonsoir Julie,
      Oui j’ai écrit depuis que je suis toute jeune. Je me doute que cela doit te rappeler certains thèmes assez universels finalement. Et pourtant c’étaient mes pensées personnelles.
      Bisous à toi.

  4. isaquarel dit :

    bonjour Filamots, ce texte est d’une grande force….

    • filamots dit :

      Bonsoir isaquarel, oui, il me représente beaucoup, encore aujourd’hui de par le fonds. La volonté surtout, aller de l’avant, ne pas se laisser abattre 🙂
      Tu fais de très belles photos, je suis passée chez toi. J’espère que ton blog prendra de l’essor.

  5. Il y a des moments où les commentaires sont superfétatoires, le texte seul suffit. Ce moment est venu….Bonne journée.

  6. C’est très beau, Geneviève…

    • filamots dit :

      Merci Elisabeth, Ce furent mes pensées. J’ai été assez étonnée en réécrivant ce texte, d’y retrouver après autant d’années, les mêmes thèmes que dans les poèmes écrits sur le défi chez NéO. J’ai utilisé les mêmes verbes, ou presque. Le mot grâce qui m’a fait sourire, et dans le poème j’ai utilisé un autre mot. Je devrais le relire.
      Cela m’a fait sourire en me disant. Le fond reste vrai, et cela m’a fait du bien. Une coïncidence, un hasard ? Ce que vous appelez synchronicité 🙂 A quarante ans d’intervalles, peut-être. J’ai tout de même été interpellée et étonnée.
      Belle soirée à toi et gros bisous.

      • Le fond reste vrai, surtout quand il est bon.
        Je comprends que tu sois étonnée mais je crois que l’essence de ton être est restée et que tu l’as bien améliorée.
        Gros bisous à toi

        • filamots dit :

          Dans ce domaine, tu es bien plus positive que moi. Je ne vois pas cela. C’est l’amélioration que je ne vois pas, au contraire, j’ai l’impression de reculer vachement.

          • Geneviève, tu a de la chance d’être loin, sinon 😀
            Chez moi, tu te traites de vielle, ici tu recules, qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre…C’est Noël qui te met dans ces états ?
            Tu es belle, douée et juste « senior », comme nous tous à partir de 42 ans 😀
            Et on les emm… ceux qui disent le contraire.
            Gros bisous, chez moi tout délire, la messagerie, le WP, je ne peux pas te répondre mais je pense à toi très fort.
            Gros bisous

  7. Drenagoram dit :

    Bonsoir Geneviève ,

    Au Seuil de la Raison , Nos Saisons valent de l’Hors ,
    Pour vivre au Sein de Flore , en Accord sur le Long ,
    L’Arbre de Vie a du Bon , Même quand la Sève s’endort ,
    Son Esprit Subodore , Mère Veiller en Sillons .
    ~
    La Lumière en Rayons , Baigne l’Ecorce des Corps ,
    Depuis le Chant de l’Aurore , Jusqu’à la Nuit sans Nom ,
    Sans demander par Don , Où sont Passés les Morts ,
    Chacun connaît en Sort , Réponse à ses Questions .
    ~
    NéO~
    ~
    Becs Amie d’Orée

    • filamots dit :

      Bonsoir NéO,
      Oui de la prose quelque peu morbide je le sais. Et pourtant c’est cela la vie, et puis la mort, un cycle.
      Ton poème fait écho à ce que j’ai écrit et je t’en remercie sincèrement.
      Recommencement éternel, sous la lumière des astres du jour et de la nuit 🙂
      Merci ami poète.
      Je t’envoie des becs de fantaisies sur tes dessins de ton monde. 🙂

      • Drenagoram dit :

        Non Point Morbide en Sort , Juste Lucide dans le Fond ,
        Face au Vide des Sermons , Demeure Après la Mort ,
        Deux Temps pour voir en Corps , Notre Arbre Compagnon ,
        Sans Parler d’Abandon , l’Esprit Aperçoit l’Hors 😉
        ~
        NéO~
        ~
        Becs si Clic

        • filamots dit :

          Bonjour NéO,
          Tu es très indulgent dans ton commentaire. 🙂
          Je n’ai juste qu’une seule pensée, c’est que ce texte écrit il y a si longtemps, me rappelle aux poèmes écrit dans ton monde sur ton blog. Et en l’écrivant ce texte, je me suis dit mince, ma vision de la nature n’a guère changée, et déjà je m’attachais aux arbres, aux feuilles. C’est assez étonnant. Mais il n’y a pas de hasard ici-bas juste de la synchronicité comme dirait mon ami poète : arbrealettres.

          Merci pour les cycles NéO que je te retourne.

  8. mich dit :

    Petite visite.Geneviève
    C’est un très beau texte que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire.
    La prose en est charmante, légère et empreinte de mélancolie , j’ai beaucoup apprécié la lecture .
    Bon dimanche:Bisous.

    • filamots dit :

      Bonsoir Mich,
      Oui les poèmes de ce carnet, je pense les avoir tous mis, peut être ai-je sauté des pages, trouvant un au passage trop nul ? Maintenant d’autres textes vont suivre, ils ne sont pas nombreux et seront en prose. Ils reflètent des pensées de l’époque, celle d’une jeune fille des années 1970. Je terminais mon lycée.
      Bisous à toi et bravo pour le choix de tes dernières poésies. Elles sont très belles.

  9. Une feuille de moins chaque année et nous finirons complètement nu(e)s.
    J’aime beaucoup ce texte, bises et bonne fin de dimanche.

    • filamots dit :

      Bonsoir Claudie,
      Oui les arbres sont en train de devenir tout nus. Il y a encore de celles qui font de la résistance 🙂
      J’ai laissé ce texte presque en l’état. Sauf pour un point, une virgule. Les répétions du mot feuilles, c’est horrible, mais j’ai laissé le texte tel que je l’ai écrit à cette époque. Je te remercie de l’avoir apprécié.
      Bisous et bonne fin de mardi à toi.

  10. colettedc dit :

    Magnifique Geneviève … ce siècle que nous vivons presque, il passe si vite hélas hein !
    Bon et agréable dimanche à toi toute la journée !
    Bisous.

    • filamots dit :

      Bonsoir Colette,
      Je disais à mon mari tout à l’heure que je n’avais pas vu l’année passée.
      Avez-vous dans le groupe des nouvelles de Gisèle et d’Arlette ?
      J’espère qu’elles vont bien, j’ai lu qu’Arlette avait de gros soucis de pc. Ah ! ces machines sont capricieuses 🙂
      Bises à toi en espérant que chez toi il ne fasse pas trop neigeux et trop froid.

      • colettedc dit :

        Oui, Gisèle continue de publier de temps en temps à travers ses occupations parentales et Arlette a recommené les ateliers cette semaine c’est correct pour son pc … dans le moment, c’est plus pluie pour nous … le temps est doux … la neige est fondue … bonne soirée Geneviève ! Bisous.

  11. mimitahitie dit :

    bon dimanche et bisous

Merciii ! C'est gentil d'y avoir pensé.

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