Hommage à Mélusine 🙂

Illustration : Mahmoud Farshcian

Le Chant de l’Eau

L’entendez-vous, l’entendez-vous
Le menu flot sur les cailloux ?
Il passe et court et glisse
Et doucement dédie aux branches,
Qui sur son cours se penchent,
Sa chanson lisse.

Là-bas,
Le petit bois de cornouillers
Où l’on disait que Mélusine
Jadis, sur un tapis de perles fines,
Au clair de lune, en blancs souliers,
Dansa ;
Le petit bois de cornouillers
Et tous ses hôtes familiers
Et les putois et les fouines
Et les souris et les mulots
Ecoutent
Loin des sentes et loin des routes
Le bruit de l’eau.

Aubes voilées,
Vous étendez en vain,
Dans les vallées,
Vos tissus blêmes,
La rivière,
Sous vos duvets épais, dès le prime matin,
Coule de pierre en pierre
Et murmure quand même.
Si quelquefois, pendant l’été,
Elle tarit sa volupté
D’être sonore et frémissante et fraîche,
C’est que le dur juillet
La hait
Et l’accable et l’assèche.
Mais néanmoins, oui, même alors
En ses anses, sous les broussailles
Elle tressaille
Et se ranime encor,
Quand la belle gardeuse d’oies
Lui livre ingénument la joie
Brusque et rouge de tout son corps.

Oh! les belles épousailles
De l’eau lucide et de la chair,
Dans le vent et dans l’air,
Sur un lit transparent de mousse et de rocailles ;
Et les baisers multipliés du flot
Sur la nuque et le dos,
Et les courbes et les anneaux
De l’onduleuse chevelure
Ornant les deux seins triomphaux
D’une ample et flexible parure ;
Et les vagues violettes ou roses
Qui se brisent ou tout à coup se juxtaposent
Autour des flancs, autour des reins ;
Et tout là-haut le ciel divin
Qui rit à la santé lumineuse des choses !

La belle fille aux cheveux roux
Pose un pied clair sur les cailloux.
Elle allonge le bras et la hanche et s’inclina
Pour recueillir au bord,
Parmi les lotiers d’or,
La menthe fine ;
Ou bien encor
S’amuse à soulever les pierres
Et provoque la fuite
Droite et subite
Des truites
Au fil luisant de la rivière.

Avec des fleurs de pourpre aux deux coins de sa bouche,
Elle s’étend ensuite et rit et se recouche,
Les pieds dans l’eau, mais le torse au soleil ;
Et les oiseaux vifs et vermeils
Volent et volent,
Et l’ombre de leurs ailes
Passe sur elle.

Ainsi fait-elle encor
A l’entour de son corps
Même aux mois chauds
Chanter les flots.
Et ce n’est qu’en septembre
Que sous les branches d’or et d’ambre,
Sa nudité
Ne mire plus dans l’eau sa mobile clarté,
Mais c’est qu’alors sont revenues
Vers notre ciel les lourdes nues
Avec l’averse entre leurs plis
Et que déjà la brume
Du fond des prés et des taillis
S’exhume.

Charente-Maritime – Pons – La Seugne

Pluie aux gouttes rondes et claires,
Bulles de joie et de lumière,
Le sinueux ruisseau gaiement vous fait accueil,
Car tout l’automne en deuil
Le jonche en vain de mousse et de feuilles tombées.
Son flot rechante au long des berges recourbées,
Parmi les prés, parmi les bois ;
Chaque caillou que le courant remue
Fait entendre sa voix menue
Comme autrefois ;
Et peut-être que Mélusine,
Quand la lune, à minuit, répand comme à foison
Sur les gazons
Ses perles fines,
S’éveille et lentement décroise ses pieds d’or,
Et, suivant que le flot anime sa cadence,
Danse encor
Et danse.

Emile Verhaeren (1855-1916)

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À propos de filamots

Sur le fil des mots. Je rassemble pour mes enfants, les textes anciens et nouveaux ainsi que futurs que je dépose sur ce blog. L'occasion pour moi de faire de belles rencontres virtuelles, et de m'améliorer dans l'écriture de quelques nouvelles lorsque l'inspiration est au rendez-vous. Je partage aussi ma passion pour la photographie en tant qu'amateur. Je suis autodidacte en informatique, lecture, musique, etc....

"

  1. Harmony dit :

    Joli fond que voilà.La musique nous entoure et le soleil aussi.Superbe Gene.
    A bientôt.Bisous. 😉

  2. Drenagoram dit :

    Au Fil de l’Onde Claire , en Lumière des ces Mots ,
    La Magie Fait Echos , sur des Lignes d’Hier ,
    Sous le Chant de ses vers , l’Une coule à Fleur de Peau ,
    Hors des Rives il est Beau , d’Entendre ce Courant Mère.
    ~
    Grand Merci à Toi Gène , dans un Partage de Soie ,
    De l’Offrir à la Fois , en Couleurs et en Veines ,
    Pour cette Belle Souterraine , Trouvant au Temps sa Voie ,
    Au Vivant d’un Bleu Roi , Dormant sous l’Ombre des Chênes.
    ~
    NéO~
    ~
    Onde de Becs 😉

  3. Magnifique, le texte et les images, tant de beauté sur ton blog, merci !

  4. soryu64 dit :

    Je viens de lire ce poeme merveilleux. Je ne connaissais pas ce poète merci de me le faire découvrir. Je tape sur mon iPad, pour tenter de l’apprivoiser, je ne vois même pas l’espace sur lequel est sensé se trouver ce que j’écris j’appréhende de t’envoyer ceci… Ne sachant pas le nombre de fautes au cm carré qu’il y aura ci-dessus. 😀 tant pis!…
    Je voulais simplement te dire que la chèvre de monsieur Séguin est morte depuis longtemps. Le loup ne l’a-t-il pas mangée ? Ou alors on m’a raconté des blagues pour me faire pleurer ! Allez zou, j’envoie, tant pis, ne te trouve pas mal devant les inepties que tu trouveras inévitablement ici ! bisous

  5. Harmony dit :

    Qu’est-ce que c’est beau!!!!!♥♥♥♥

  6. antinea dit :

    Je te remercie pour ce cadeau . Je suis émue aux larmes.. les mots ne viennent pas mais je conserve ceci au plus près de mon coeur. Mille bisous

Merciii ! C'est gentil d'y avoir pensé.

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