Sous couverture

J’étais sortie du commissariat en vitesse.  Ce dernier se trouvait à l’arrière d’une des plus grandes artères de Bordeaux. J’en descendis les quelques marches. Il faisait assez chaud ce jour là, et portait pour l’occasion une robe fleurie et échancrée. Ma journée était terminée. J’avais cru pouvoir rentrer rapidement chez moi un peu plus tôt que d’habitude. Mon supérieur m’avais mis sur le dos un dossier assez difficile à clôturer. Je regardai rapidement l’heure à mon montre, et me dis que je devrais me dépêcher si je ne voulais pas rater mon rendez-vous dans le cadre de cette enquête. Dans la voiture, je mis rapidement d’autres chaussures, plus adéquates à ma féminité et le dossier sous le bras, je me rendis au lieu fixé. La voiture au parking, il le fallait dans cette ville où j’avais eu ma mutation. Pas moyen de se garer le long des trottoirs, le maire de la ville avait jugé bon de mettre des espèces de poteaux pour tout alléger, le regard, et surtout le design de cette ville, classée désormais au Patrimoine de l’Unesco.

Il se faisait appeler Roberto. J’avais réussi à gagner sa confiance et c’était lui-même qui m’avait fixé l’heure par téléphone de notre entretien. Il avait dicté ses conditions lui avais laissé croire en homme du Sud qu’il était, qu’il tenait les rênes du pouvoir. Surtout ne pas éveiller les soupçons. Je me sentais volontaire et sûre de moi.

J’allais rencontrer un individu réputé dangereux et encore en liberté. Soupçonné de trafic d’armes, et d’autres substances illicites, nous avions créé tout un réseau d’information et nous étions à la brigade sur les dents.

Il était recherché par toutes les polices du pays, ainsi que par les services d’Interpol.
Je jouais sur cette rencontre, mon futur avenir. Je traversais quelque peu inquiète la Place des Quinconces. La plus grande d’Europe. La porte du bistrot « Nulle Part Ailleurs » était restée ouverte en ces heures de midi.

Je l’aperçus immédiatement. Il correspondait à l’image qui circulait dans le commissariat. Le visage buriné, un verre de bière posé devant lui, il m’attendait installé à l’arrière de l’établissement dans un endroit loin des regards venus de l’extérieur.  Je m’assis en face de lui, surtout ne rien montrer.
Sous ma robe, mon revolver me rassura. Comme elle était courte, j’avais dû user d’un stratagème pour la fixer suffisamment haut afin qu’elle ne puisse se voir lorsque je marchais. C’était plus pratique en uniforme, me dis-je en me souriant intérieurement.

Je commandai un verre de pineau, et après quelques échanges banals, il plongea son regard de braise dans les miens.
Je ne baissai pas les yeux, surtout pas. Il faisait chaud et ma tenue légère ne pouvait en rien laisser supposer que j’étais en service commandé.

– Vous êtes venue murmura t-il ?
– Oui, vous vous attendiez à quoi d’autre ?
– Vous êtes belle, le saviez-vous ?

Et voilà qu’il sortait les violons, avec son regard qui ne me lâchait pas et qui bien malgré moi me troublait quelque peu.
Surtout ne pas se laisser surprendre et garder le contrôle.
Cet homme était dangereux me répétais-je inlassablement.

– Bon alors lui dis-je tout de go, vous avez apporté la marchandise ?
– Ah oui ! Les fleurs ? C’est de cela que vous voulez parler ? me répondit il d’un air goguenard et ironique.
– Si vous le dites. Et mes yeux se posèrent sur les tulipes déposées sur la table d’à coté. Je laissai mon regard errer sur ces fleurs, les sens en alerte.
– Et ensuite ?
– Le tout se trouve dans la voiture, ma jolie, suffit juste que vous me suiviez, c’était ainsi que c’était prévu n’est-ce pas ?
– Oui en effet et ce n’est pas une raison de vous permettre des familiarités inutiles et vaines Monsieur Roberto.
Sur ces paroles, j’avais croisé mes jambes et mon pied par mégarde vint buter contre la jambe de l’homme qui me narguait.

Il me prit brusquement la cheville. Je sentais ses doigts se refermer sur elle et l’enserrer. Malgré moi, je frissonnai. De quel droit se permettait-il une telle familiarité ? Je bouillonnais avec une envie de lui envoyer la pointe de ma chaussure entre ses cuisses.

– Vous êtes encore plus belle, lorsque vos yeux bleus sont en colère me dit-il avec une voix encore plus douce. Ses doigts n’avaient toujours pas bougés.
J’essayais d’extraire ma cheville de l’emprise de sa main, et tout cela dans un semblant de calme olympien. Surtout pas de vagues, pas de scandales. Et il le savait le brigand. Pire je sentis sa main remonter le long de ma jambe.

Je ne pus réprimer à ce contact, une forme de saveur totalement interdite. Je ne pouvais y songer ne fut ce qu’un seul instant.

J’aurais dû réagir plus vite, je me le reprochai plus tard, et cette hésitation aussi minime, fut celle où tout bascula.
Sous la robe il avait senti l’arme, se leva et s’enfuit en bousculant chaises et tables.

Je restai là anéantie. Mes journées de travail, sous couverture, tombaient à l’eau, pour quelques instants d’oublis et de frissons. Ma carrière était compromise, il allait vraiment falloir que je retourne la situation à mon avantage, c’était urgent.
Je me levai à sa poursuite, mais il était déjà parti hors de portée. J’allais devoir m’expliquer en rentrant à la Brigade, et ne savais pas trop comment j’allais devoir tourner la situation à mon avantage vu les circonstances. Tout était à recommencer. Je payai l’addition, et sortis sans prendre les fleurs. Je détestais les tulipes.

21 avril 2011 après minuit.

 

Remerciement : Je voudrais remercier « Igor » un pseudo sur la toile qui m’avait donné des conseils afin de retravailler ce texte qui, à l’origine, n’était pas du tout dans l’état actuel où je le publie aujourd’hui. J’y ai ajouté quelques détails, l’ai étoffé. Il m’avait suggéré de dire pourquoi à la fin de ce texte, j’écris que je détestais les tulipes. J’ai jugé après remaniement que ce n’était pas nécessaire.

Igor quelqu’un qui peut être éditera ses textes policiers, écrits de manière si brillantes. Dans le cas où le hasard viendrait le faire passer par ici, j’aimerais lui faire ce petit clin d’oeil d’écriture et mon admiration pour la sienne. J’ose espérer qu’il se fera un jour éditer comme il en avait l’intention.

Advertisements

À propos de filamots

Sur le fil des mots. Je rassemble pour mes enfants, les textes anciens et nouveaux ainsi que futurs que je dépose sur ce blog. L'occasion pour moi de faire de belles rencontres virtuelles, et de m'améliorer dans l'écriture de quelques nouvelles lorsque l'inspiration est au rendez-vous. Je partage aussi ma passion pour la photographie en tant qu'amateur. Je suis autodidacte en informatique, lecture, musique, etc....

"

  1. giselefayet dit :

    Tu as su recréer l’ambiance bravo , une immersion réussie dans le roman policier .
    Bonne soirée
    Bisous

  2. Oceanelle dit :

    Joli texte Geneviève …. je n’en attendais pas moins … sourire… bisous

    • filamots dit :

      Je me suis beaucoup amusée à l’époque en l’écrivant et surtout cette nuit en le modifiant et en tenant compte de conseils avisés 🙂
      Il est amusant de constater qu’ayant terminé ma seule lecture de Guillaume Musso, l’appel de l’ange que je viens de terminer, il pourrait y avoir un quelconque lien. Du tout, du tout 😉 un simple hasard qui m’a bien fait sourire cette nuit en corrigeant ce texte. Lorsque j’écris corrections, c’est un bien grand mot, mais il est vrai qu’il y avait pas mal d’incohérences. 😆 Quant à l’image, elle devait suggérer un texte 🙂 🙂
      Bisous sourire aussi et merci.

  3. monbanc dit :

    Dés le début j’ai été entrainé dans cette histoire bien menée et ce n’est pas du à la photo d’en tête 🙂
    Passe un bon dimanche

    • filamots dit :

      Haha !! monbanc, tu me fais sourire.
      Il est vrai que l’image peut prêter à confusion et c’est le but de la publication en ces lieux. J’ai imaginé ce scénario à l’époque, qui m’avait bien amusé.
      Passe toi aussi un bon dimanche 🙂

  4. mich dit :

    Merveilleuse lecture, Belle image et beau texte …
    Merci de ce partage, C’est vraiment très beau.
    Bon dimanche Geneviève.
    Bises

    • filamots dit :

      Bonjour Mich,
      Oui l’image inciterait à un autre texte, ce qui était le but, mais cette fois là, j’en ai modifié le contenu 🙂 juste histoire de rire 🙂
      Et conclusion je puis le mettre ici 😆
      Le fond est resté le même, j’en ai rien modifié.
      Bisous

  5. Harmony dit :

    Tu écris bien.Bravo.
    Bisous.

    • filamots dit :

      Bon appétit Andrée 🙂
      Je savais que cela te plairait 🙂 J’ai vraiment retravaillé le texte en y mettant des petits détails complémentaires pour la lecture.
      Il est vrai que la personne qui avait apporté des commentaires, ces derniers étaient totalement justifiés.
      Bisous et bonne journée. ici il y a un brin de soleil qui brille.

  6. Beau texte, bravo, on s’y croyait, cela peut être un script pour ces séries Tv policières…Bon dimanche.

    • filamots dit :

      Merci Korrigane, tu me fais rire là ! J’ai entièrement remanié le texte, cette nuit…pfff….au lieu de dormir mdr !!
      Je l’ai placé ici, tant pis pour les âmes sensibles 😉
      Bon dimanche à toi aussi.

  7. pivoine04 dit :

    Je suis admirative, beau texte. J’aime les tulipes moi !!
    Bisous

    • filamots dit :

      Bon dimanche,
      Moi aussi Pivoine, mais seulement celles qui apparaissent comme image dans l’acrostiche pour Océanelle.
      Une photo prise par moi.
      Sinon je ne suis pas une bonne compatriote Néerlandaise, vu que c’est un des emblèmes des Pays-Bas. 🙂
      J’espère que tu vas bien, cela faisait longtemps 🙂
      Bisous à toi et bon dimanche.

Merciii ! C'est gentil d'y avoir pensé.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s