Le fil

Il avait tenu qu’à un seul fil, que ce soir il ne vienne pas lui rendre visite.
Elle avait attendu, en filant telle Pénélope derrière son ouvrage, le bruit de son pas dans le couloir.
L’automne tirait à sa fin. Et ce soir elle avait faim de lui.
Dévidant et filant comme disait Ronsard, elle se souvenait de leurs nombreux ébats, ici dans cette petite chambre où unis l’un à l’autre, ils avaient  créé ensemble leur histoire.

Elle n’avait guère eu du mal à se défiler devant le savoir faire-faire de son amant.
Il était entré là, la chemise entr’ouverte sur son torse, la mine détendue, et souriante, presque conquérante.
Elle s’était précipitée dans ses bras, à sa vue, perdant ainsi le fil des ses idées principales et se laissa aller à cet amour, cette tendresse qui l’envahissait à ce moment.
Il savait y faire le bougre, de ses doigts et de ses mains.
Celles-ci en parcourant d’emblée son corps arrondi, la faisait frissonner, sous ses caresses.

Ses doigts s’enhardissaient et les siennes s’étaient aventurées vers un vêtement qui lui donna du fil à retordre. Et oui mon ami, lui dit-elle en souriant, il n’y a pas que nos sous-vêtements qui peuvent donner du souci. Elle aimait être avec lui quelque peu amusante et coquine.
Le lit n’était pas loin, et sur le couvre-lit bien tiré où ne dépassaient aucun fil, ils continuèrent ainsi le fil de leur histoire.

Elle avait faim de lui, et lui d’elle. C’était en quelque sorte, à l’époque une passion qui les entraînait mutuellement au fil de l’eau vers les rivages insoupçonnés de la passion.
D’un baiser bien appuyé il voulu d’emblée, la faire sienne. De ses yeux rieurs, elle aimait ses petits jeux quelque peu coquins tellement entendus entre eux, tout cela sans paroles. Ils s’étaient connus si longtemps.
Lui ayant défait ses derniers remparts tout en dentelle, il pu ainsi la regarder à loisir, et dans ses yeux y voir briller des fils d’or, qui s’estomperait bientôt sous la montée du désir. Il le savait.
Ah ! Quel bonheur d’être là, l’un près de l’autre, ensemble, et de jouir des instants en laissant le fil du temps s’estomper le plus lentement possible. Le tic-tac de l’horloge au coin de la cheminée, seule musique accompagnatrice de leur mélopée mutuelle.

Il devrait bientôt repartir, il le savait. Son métier ne lui permettait pas de rester trop longtemps auprès d’elle, son amante tant aimée.
Alors pour ne pas  perdre le fil de ses pensées, il plongea dans son intimité pour y déguster cet élixir délicieux, qu’il aimait tant, épicée, accompagnant finement avec des gestes, l’amour qu’il ressentait pour elle. Découvrir et effeuiller cette orchidée, de ses doigts, ou du bout de la langue, se faisait ainsi sans mots, dans des soupirs ou des mots d’amour si longtemps tus.
Elle aimait aussi se perdre et en guise de préliminaire prendre cette ultime gourmandise, ce phare qu’elle aimait tant,  boire jusqu’à la lie, les prémisses de son plaisir en dégustant ces quelques gouttes qui filent parfois, et du bout de la langue se prennent perle à perle, pour se fondre dans sa gorge.
Au fil des jours elle s’était imaginée cette scène là, tant de fois, avec tellement de désir.
Et puis voilà, ils étaient là, tendrement, passionnément  enlacés, à en perdre la raison.

Leur union, fut intense, et non furtive, même si de manière humoristique, il disait souvent avant de partir : « Mon amour, je file à l’anglaise ».
Elle cria entre ses bras sa jouissance, et il lui offrit ses soubresauts et son désir en de nombreux spasmes libérateurs.
Lorsque le calme fut revenu elle sut qu’en ce jour, cet intermède là était fini jusqu’à sa prochaine visite qu’elle attendrait au fil du temps.

C’est avec un sourire que bien plus tard, elle lui dit au-revoir, sur le pas de la porte, il avait son balluchon sur le dos, et se devait de filer à toute vitesse vers le navire qui l’attendait pour partir vers les destinations de sa profession.

C’est dans un baiser qu’elle lui transmit tout ce qu’elle avait envie de lui dire du fond de son cœur.

Octobre 2008

Source de l’image : le net

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À propos de filamots

Sur le fil des mots. Je rassemble pour mes enfants, les textes anciens et nouveaux ainsi que futurs que je dépose sur ce blog. L'occasion pour moi de faire de belles rencontres virtuelles, et de m'améliorer dans l'écriture de quelques nouvelles lorsque l'inspiration est au rendez-vous. Je partage aussi ma passion pour la photographie en tant qu'amateur. Je suis autodidacte en informatique, lecture, musique, etc....

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  1. ho que oui tu me l’as fait perdre ma chère lol
    tu peux bien rire ha ha ha xxx

  2. hou la la la la filamots ouff

  3. arbrealettres dit :

    je vois que tu n’as pas perdu le fil!! lol!! (((-:

Merciii ! C'est gentil d'y avoir pensé.

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